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Impresario et productrice indépendante de spectacles de jazz pendant la dernière guerre, Daidy Davis-Boyer côtoie dès le début de sa carrière les plus grands noms de l’époque tels Django Reinhardt ou Dizzy Gillespie.
Plus tard, elle organise les tournées d’Edith Piaf, de Charles Trenet ou de Charles Aznavour :
« Depuis cinquante ans qu’on se connaît, c’est toujours mon frère. » confie-t-elle à propos de ce dernier. Yves Montand, Henry Salvador, Luis Mariano, Line Renaud, Daidy baigne dans le milieu de la chanson et en assumant la direction des théâtres de Verdure entre Menton et Béziers, elle monte près de deux cents spectacles au cours de cette période. « Je filmais les artistes dont je m’occupais et c’est comme ça que j’ai fait les premières émissions de Télé-Montecarlo et un certain nombre d’émissions de variété surtout dans les années cinquante. »

Découvreuse de talents, – J’ai fait faire son premier gala à Gilbert Bécaud, ajoute-t-elle encore – cette productrice inclassable, mue par sa passion pour l’univers musical, cherche encore des moyens de promouvoir les chanteurs. Après les spectacles, tout ce petit monde se retrouve dans sa villa à Antibes baptisée « villa relâche ».
On décompresse autour d’un barbecue et les artistes prennent vite l’habitude de séjourner dans cette pension de famille improvisée. C’est à ce moment-là que Daidy a l’idée de les filmer en décor naturel interprétant leur chanson : « On tournait un peu n’importe où, dans le jardin, au bord de l’eau, dans les châteaux des alentours… Le décor importait peu du moment qu’il mettait en valeur l’artiste. » Le clip était né. Pour autant, les chaînes de télévision françaises coutumières des tournages en studio avec trois caméras, des décors construits et des budgets substantiels, n’apprécient guère ces petits films artisanaux. Les productions Davis-Boyer acquièrent vite une réputation de « Télé-Bout-de-Bois », d’un surnom affectueux donné par Pierre Dac et Francis Blanche lors du tournage du célèbre sketch « Le Fakir ».
Au début des années 60, apparaît dans les cafés français la machine Scopitone, sorte de juke-
box qui diffusait sur un petit écran des chansons filmées.
Daidy, surnommée par la suite « Mamy Scopitone », décide d’exploiter le filon et réussit à convaincre les maisons de disques de l’utilité de tourner des images sur leurs artistes. Jusque-là tournés en 16mm, ses films passeront au 35 mm pour respecter les critères de qualité requis par la machine. Au-delà des vedettes incontournables de l’époque, la productrice-réalisatrice cueille un certain nombre d’interprètes à leurs débuts, outrepassant la volonté des chaînes qui refusaient de prendre des risques. Elle inonde le marché scopitone de ses clips souvent réalisés avec des moyens très réduits : « J’ai tourné les premières chansons de Johnny Hallyday au Vieux Colombier de Juan-Les-Pins. Il était déjà un phénomène et pour moi, c’est toujours le plus grand. Une telle longévité, c’est unique et il y en a qui seraient morts dix fois à sa place. »
Tout au long de sa carrière, la vieille dame a entretenu des relations très intimes avec les artistes et aujourd’hui encore, certains d’entre eux restent très attachés à ces images leur rappelant leurs débuts : « Johnny adore le film que j’ai fait de lui sur le circuit automobile de Montlhéry lorsqu’il courait en amateur pour Ford. C’est Sylvie Vartan qui tenait le chronomètre. »
Si Daidy a réalisé la plupart des « clips-scopitone » existants, certains réalisateurs débutants s’essaieront au tournage de ces petits films parfois conceptualisés au-delà de la captation en décor naturel et racontant une histoire. Sur les 1800 titres constituant ce catalogue, Claude Lelouch (alors à ses débuts) en réalisera au moins 80. François Reichenbach, AlexandreTarta, Robert Valey, Alain Brunet, participeront également à cette aventure.
Les scopitones - dont les vertus premières que sont la couleur et les mises-en-scènes en décor naturels – perdent de leur originalité face à la concurrence de la télévision, de nombreux artistes maghrébins sont tournés par les PDB, et réjouissent une population d’immigrés qui peuvent enfin voir leurs idoles dans les cafés. Jusqu’en 1979, date à laquelle la machine sera retirée du circuit pour devenir un objet de collection, Daidy, cette pionnière de la télévision, s’attachera à bousculer les conventions en filmant les jeunes artistes de façon informelle sur leurs lieux de vie ou dans des décors naturels. Notons pour anecdote, le premier disque de Mireille Mathieu – « Mon credo » - qu’elle réalisera dans la petite église de St. Cloud où elle avait marié sa fille avec Dick Rivers quelques jours auparavant.

En soixante-cinq ans de carrière du music-hall au petit écran, Daidy Davis-Boyer a traversé les différentes époques de la chanson française en inventant sans cesse de nouvelles manières de la faire connaître. Elle s’est toujours efforcée de laisser une trace audiovisuelle de chacun des artistes qu’elle a accompagnés. Quel qu’ait été leur succès, (certains n’auront enregistré qu’un seul 45T), elle a constamment refusé de céder à la seule volonté des chaînes qui détenaient alors le monopole de la diffusion. En outre, elle s’est toujours battue pour conserver son indépendance. Ses archives qui demeurent sa propriété intégrale, constituent aujourd’hui un patrimoine audiovisuel considérable pour la mémoire de cet univers musical. Seules images existantes, si l’on excepte les émissions de télé conservées par l’INA, de la plupart des artistes pop, rock et variétés des années 60 et 70.

 
 
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